Incorrigible &
inépuisable. Quarante deux balais, initiateur de trois bands et onze
albums au compteur , Damon Albarn chope des cheveux blancs et n'en
déplaise à ses détracteurs, son bagage musical s'embellit au fil du
temps et déride.... Alors sans hésitation, à choisir entre
sénescence capillaire et vestibule de la sagesse, mon doigt pointe
avec raison le second. Why? Plastic
beach, le nouveau faire valoir millésimé du
pilier salvateur du quatuor virtuel Gorillaz, escalade par la
grande échelle les étages de la maturité avec maîtrise sans peur du
vide ordure!
Un casse tête
sublimé.
La planète des singes
virtuels s'attendait à un défilé 99% pop, formaté FM, avec un Damon
omniprésent en tous points, à la baguette comme au micro... C'est
raté, plouf dans l'eau... A ces pronostiqueurs d'un soir, la
pacotille fait un salut car si Plastic beach peut se targuer d'une
réalité propre , c'est bien celle d'être hostile aux étiquettes
gluées. D'une complexité sans
précédent dans la carrière du groupe, cet opus, troisième de la
série est un fourre tout en apparence, dissimulant dans ses
entrailles une orchestration sans faille accouplée à un melting pot
bien discipliné de sonorités-trouvailles.
Alors que "Demon Days" restait accessible à tout écouteur lambda
et embrigadait dans un registre très disco, pop, groovy avec une
rosée de fraîcheur dansante évidente à l'aube de l'opus et une
trombe d'effets soporifiques en fin d'épopée musicale 22 pistes
plus tard, Plastic beach, lui, dérange et laisse malgré tout des
traces d'extase indélébiles. D'abord par une fourmilière
d'influences électro, oriental funk, soul, ....très ou trop hip-hop
par moment, qui aurait pu faire désordre sans une bonne homogénéité
parfaite, ensuite par un embouteillage de collaborateurs
d'exception à la botte du génie artistique de l'ex Blur. Et c'est
là que le bas blesse, ... certains éprouvent quelques
difficultés à donner une réelle légitimité à la présence de
Snoop Dog (Welcome to the
World of the Plastic Beach), Mos
Def (Sweepstakes) ou encore De la Soul (Superfast Jellyfish), perçus comme
entraves à l'identité musicale de Gorillaz. C'est à se demander
qui a tendu un jour l'oreille sur "Gorillaz", opus un.
Evidence. La bande
à Murdoc a changé et ce n'est pas un leurre que d'arriver à
maturation... Bien au contraire, s'ouvrir à d'autres horizons a du
bon et malgré le risque "invités" entreprit, l'absence de hits, un
Damon auto expédié au second plan, la magie opère toujours autant
dans Plastic Beach avec 16 titres
millimétrés où chaque apports a son importance. En surface,
flottent des tunes aphrodisiaques étonnamment efficaces dans la
rythmique plutôt downtempo et les arrangements... En profondeur,
Damon, inspiré et discret, se balade dans des contrées inconnues,
songeur, majestueux, élégant, reposé, quelque fois alarmiste, il
distille un son doux, mélancolique, joyeux parfois exotique,
souvent électronique low, avec son habituel onirisme vocal.
Imparable. De légères allusions à Blur (Think Tank) et à
l'Africansim de The Good The Bad and the Queen viennent même flâner
à travers les titres sans jamais se disperser, allaitant le côté
multifacette de l'opus. Autre lichette de satisfaction, l'intense
et ensorceleuse Yukimi
Nagano des Little
Dragon, présente sur deux plages ( On Melancholy
Hill,Empire Ants ) se fond à merveille dans l'univers lyrique et
imagé de Damon et Helwett, sans négliger la participation de
Lou Reed,
indiscutable, excellent sur demande.(Some Kind of Nature).
Affreuse déception, les Clashs rescapés Mike Jones et Paul Simonon (Plastic beach) sont
transparents, inexistant... Trois coups de guitares et un
accompagnement vocal douteux et puis s'en va.
Albarn se mouille pour les
poissons
Aux antipodes de vouloir faire du bout à bout sans logique verbale,
D.Albarn a échafaudé cet album avec du liant et une bonne dose d'écologie. La
pochette, le titre et les lyrics parlent d'eux même, Plastic beach,
une île perdue où la faune sous marine cohabite avec les déchets
plastiques. Une idée peut être pas aussi farfelue que ça...
Récit... Alors qu'il se reposait sur une plage à quelques pas de sa
casa, Damon a été foudroyé de curiosité par des poissons qui se
nichaient aussi bien sous les roches que dans des bouteilles
lâchement jetées. Une observation bénine a l'origine de l'album
dont maîtrise et
maturité resteront les maîtres mots.. A coup sûr,
Plastic Beach restera gravé dans les esprits pendant une durée
indéterminée, un CDI signé avec le succès.
Reste à mesurer l'ampleur du phénomène avec les images et
vidéos d'Helwett, Murdoc et ses accolites
comédicodémoniaques!!!







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